Une agence publie une offre de négociateur immobilier. Elle reçoit des candidatures — le métier attire, l'image reste vendeuse. Mais l'entretien tourne court dès qu'on aborde le statut : commissions pures, pas de fixe, pas de garantie les premiers mois. Le candidat, souvent en reconversion, cherche une sécurité minimale le temps de monter en compétence. L'agence, elle, ne peut pas se permettre de salarier quelqu'un dont elle ignore encore la performance. Résultat : personne ne signe, et l'offre reste ouverte des mois.

Un secteur qui recrute massivement

Le marché ne manque pas de dynamisme. 40 000 nouveaux agents sont recherchés et les intentions de recrutement progressent de 15 %. Au 1er janvier 2026, on recense 143 011 collaborateurs habilités, en hausse de 1,3 %, dont 59 % d'agents commerciaux et 41 % de salariés habilités. Dans le même temps, le nombre de cartes professionnelles délivrées recule légèrement (43 886 contre 44 524 en 2025, soit -1,4 %) — signe que la profession se structure de plus en plus autour de réseaux de collaborateurs plutôt que de titulaires indépendants isolés.

Sur le papier, un secteur qui recrute autant devrait absorber facilement la demande. Ce n'est pas le cas.

Le vrai fossé n'est pas quantitatif, il est contractuel

Les professionnels de l'immobilier se plaignent de manquer de candidats. Les candidats, eux, se plaignent de manquer d'opportunités réellement attractives. Entre les deux, le décalage se creuse sur un point précis : les recruteurs continuent de privilégier très largement le statut indépendant, tandis que les candidats expriment très majoritairement une préférence pour le statut salarié — en particulier dans les phases d'intégration, de reconversion ou de montée en compétence.

Ce n'est pas un caprice côté candidat. Démarrer une activité 100 % commission sans filet, sans savoir combien de temps il faudra pour signer une première vente, est un pari financier que de moins en moins de profils sont prêts à prendre — surtout ceux qui viennent d'un secteur salarié et cherchent justement à sécuriser une reconversion. Les agences qui continuent de proposer uniquement de l'indépendant pur ferment la porte à une partie du vivier le plus motivé.

Côté gestion, une tension qui redescend mais ne disparaît pas

Sur les métiers de la gestion de copropriété, la situation évolue différemment. La part des cabinets avec au moins un poste vacant recule nettement, de 56 % en 2022 à 39 % en 2026 — une détente de 17 points, portée notamment par la montée de l'alternance (70 % des cabinets ont recruté au moins un alternant ces deux dernières années).

Mais un chiffre mérite l'attention de tout dirigeant qui pense que la rémunération est le seul levier de rétention : la première cause de départ des gestionnaires de copropriété n'est pas le salaire, c'est la mésentente avec la hiérarchie (33 %) — loin devant la rémunération elle-même (21 %) et la pression hiérarchique (17 %). Autrement dit, deux gestionnaires sur trois qui partent ne le font pas d'abord pour l'argent.

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Ce qui fonctionne pour sortir de l'impasse

Proposer une phase salariée avant la bascule vers l'indépendant. Un statut mixte — fixe réduit les premiers mois, transition progressive vers la commission — rassure les candidats en reconversion sans faire porter tout le risque à l'agence sur le long terme.

Travailler la relation managériale autant que la grille salariale. Sur les métiers de gestion, où la mésentente hiérarchique pèse plus lourd que le salaire dans les départs, revoir le management de proximité coûte moins cher qu'une revalorisation généralisée — et retient davantage.

Sortir de l'annonce pour les profils expérimentés. Un gestionnaire de copropriété confirmé ou un négociateur senior ne répond plus à une offre générique sur un jobboard saturé de réseaux mandataires. Sur ces profils, l'approche directe reste le seul levier fiable.

Une méthode qui s'applique aussi à l'immobilier

Je n'interviens pas exclusivement sur l'immobilier, mais la logique qui fait mes résultats en industrie et en BTP s'y applique directement : cadrer précisément ce que le poste attend vraiment avant de rédiger la moindre annonce, qualifier les candidats sur leur capacité réelle à tenir le poste plutôt que sur leur CV, et activer une approche directe quand le profil recherché n'ira jamais lire une offre d'emploi. Si vous recrutez un poste de gestion ou d'encadrement dans l'immobilier et que les candidatures ne suivent pas, la question à se poser n'est peut-être pas « où sont les candidats », mais « qu'est-ce que je leur propose vraiment ».

NF
Nicolas Fregona

Recruteur indépendant spécialisé Industrie & BTP · Loire-Atlantique. 140+ recrutements réussis, 98% des recrues encore en poste à 12 mois. Basé à Saint-Nazaire, membre du réseau Mercato Emploi.