Si vous suivez l'actualité de l'éolien offshore par les chiffres nationaux, vous avez de quoi être inquiet. Si vous recrutez à Saint-Nazaire, vous avez surtout du mal à trouver vos techniciens. Les deux sont vrais en même temps, et c'est précisément ce décalage qu'il faut comprendre avant de lancer un recrutement dans cette filière.
Ce que dit le rapport national
L'Observatoire des énergies de la mer a publié en 2025 son bilan annuel de la filière EMR (énergies marines renouvelables) en France. Le constat est net : 7 695 emplois recensés, 3,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, contre 4 milliards d'euros un an plus tôt. Après plusieurs années de croissance continue, la filière marque le pas.
L'objectif porté par le Pacte éolien en mer reste ambitieux : 20 000 emplois d'ici 2035. Au rythme actuel, l'écart avec la trajectoire ne se comble pas tout seul. De quoi alimenter un discours prudent chez les investisseurs et, par ricochet, chez certains recruteurs qui lèvent le pied sur ce secteur.
Le problème, c'est que ce chiffre national gomme une réalité territoriale très différente.
Saint-Nazaire, une trajectoire à contre-courant
Les Pays de la Loire restent la première région française pour l'emploi dans les EMR, avec plus de 120 entreprises actives, environ 2 100 emplois directs et 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires généré sur le territoire, selon la fiche filière publiée fin 2025 par Solutions&Co, l'agence de développement économique régionale. Le repli est là aussi, mais la région conserve son leadership.
Et surtout, deux éléments locaux jouent contre le ralentissement national :
- Le parc éolien de Saint-Nazaire, en service depuis 2022 (80 éoliennes, premier parc offshore commercial français), est entré dans sa phase d'exploitation longue — des décennies de maintenance, donc des postes pérennes, pas des contrats de chantier.
- Le parc de Yeu-Noirmoutier, 61 éoliennes pour environ 500 MW, est désormais entièrement raccordé : la dernière turbine a été installée fin avril 2026. Saint-Nazaire a servi de site de préassemblage des composants et de point de transit portuaire pour les nacelles pendant toute la phase chantier — et bascule à son tour en exploitation-maintenance jusqu'en 2050.
- L'usine Anemos, exploitée par Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire pour la construction de sous-stations électriques en mer, tourne à plein régime sur des commandes françaises et européennes.
Résultat concret : à la date de rédaction de cet article, le site carrières officiel de Chantiers de l'Atlantique affiche 155 offres actives tous sites confondus, dont 18 classées spécifiquement dans la catégorie « Énergies Marines Renouvelables » — sans compter les postes transverses (ingénierie, méthodes, chaudronnerie, HSE) que ces chantiers mobilisent aussi. Sur Indeed, le filtre Saint-Nazaire seul recense encore plus de 120 offres actives chez cet employeur. L'éolien offshore n'est qu'une partie de ce volume, mais il contribue à le tirer vers le haut.
Pourquoi le national et le local racontent deux histoires différentes
Le ralentissement mesuré à l'échelle française porte surtout sur les nouveaux projets et les décisions d'investissement à venir — un marché de promesses qui s'est refroidi. Saint-Nazaire, elle, vit sur des investissements déjà actés il y a plusieurs années : deux parcs désormais en exploitation simultanée, une usine de composants qui produit pour l'export. Ce n'est pas un pari sur l'avenir, c'est une charge de travail déjà engagée — et qui vient de s'étoffer, pas de se tarir.
Pour un dirigeant qui recrute localement, la conséquence est simple : le titre des articles économiques nationaux ne doit pas dicter votre calendrier de recrutement. Le marché où vous embauchez n'est pas le marché dont on parle dans la presse spécialisée.
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Trois catégories de postes concentrent la difficulté à Saint-Nazaire, indépendamment du climat national :
- Techniciens de maintenance offshore : habilitations GWO (Global Wind Organisation), certification survie en mer, disponibilité pour des rotations — un vivier de candidats formés encore restreint sur le territoire.
- Ingénieurs génie océanique et électricité offshore : profils rares, souvent formés hors Loire-Atlantique, à convaincre de s'installer sur un bassin où l'offre de logement et le coût de la vie ne facilitent pas toujours la décision.
- Chargés d'affaires et responsables HSE spécialisés environnement maritime : la réglementation offshore est plus stricte qu'en industrie classique, et les cabinets généralistes maîtrisent rarement ce vocabulaire lors d'un premier tri de CV.
Sur ces trois familles, la pénurie n'a pas attendu le ralentissement macro pour s'installer — elle existe depuis que la filière s'est développée localement, et elle demande une approche de recrutement différente d'une annonce classique.
C'est là que la méthode compte davantage que le budget publicité sur les offres d'emploi. Quand le vivier de candidats disponibles se compte en dizaines et non en centaines, une approche directe — identifier, contacter, convaincre les profils qui ne postulent jamais spontanément — devient plus efficace qu'un sourcing passif. C'est le principe même de la chasse directe : aller chercher le candidat plutôt que d'attendre sa candidature, particulièrement adapté aux métiers rares de l'éolien offshore et de la sous-traitance navale à Saint-Nazaire.