70 %
des profils cadres qualifiés
ne sont pas en recherche active
3 à 6
mois de délai moyen
pour un poste technique non pourvu
1 sur 5
candidatures reçues
méritent vraiment d'être étudiées

Le paradoxe de l'offre d'emploi

Voici ce qui se passe dans la tête d'un responsable de production compétent, en poste depuis 4 ans, apprécié de son équipe : il ne cherche pas de travail. Il n'a aucune raison de consulter Indeed ce soir. Votre annonce, aussi bien rédigée soit-elle, ne l'atteindra pas.

Et pourtant, c'est exactement le profil que vous cherchez.

Ce n'est pas un problème de canal ou de rédaction. C'est un problème structurel : les offres d'emploi, par nature, ne touchent que les gens qui cherchent. Et les gens qui cherchent activement ne sont pas toujours les plus solides — soit parce qu'ils sortent d'un départ contraint, soit parce qu'ils sont en difficultés dans leur poste actuel, soit parce qu'ils ont un gap qui explique leur disponibilité.

Ce n'est pas une règle absolue. Certains très bons profils cherchent activement pour de bonnes raisons — déménagement, projet de vie, contexte familial. Mais dans les secteurs en tension que je couvre (industrie, BTP, commerce technique), la majorité des candidats qui postulent spontanément ne correspondent pas au niveau recherché. Et les rares qui conviennent partent vite, car plusieurs entreprises se battent pour eux.

Qui répond vraiment à vos annonces ?

Après six ans à recruter principalement pour des PME industrielles, j'ai analysé ce que produisent les annonces selon les postes. Le tableau est assez constant :

⚠️ Ce qu'on reçoit souvent

  • Profils en rupture de contrat récente
  • Candidats qui postulent à 50 offres simultanément
  • CV qui ne correspondent pas au secteur
  • Profils juniors sur des postes seniors
  • Reconversions non abouties

✅ Ce qu'on cherche vraiment

  • Profil en poste depuis 2 à 5 ans, opérationnel
  • Quelqu'un qui connaît le secteur et ses enjeux
  • Un candidat qui n'a pas besoin de formation de 6 mois
  • Un profil qui saura être autonome rapidement
  • Quelqu'un que vos concurrents voudraient garder

La réalité que personne ne dit vraiment : le candidat idéal que vous décrivez dans votre fiche de poste est, par définition, quelqu'un que son employeur actuel tente de retenir. Il ne cherche pas. Il faut aller le chercher.

Où sont les bons candidats — vraiment

Les candidats passifs ne sont pas invisibles. Ils ont un profil LinkedIn parfois à jour, parfois non. Ils participent à des événements professionnels, ils sont connus dans leur filière, ils ont des confrères qui parlent d'eux. Ils existent dans des bases de données de recruteurs qui les ont rencontrés sur d'autres missions.

Mais surtout — et c'est ce que les annonces ne peuvent pas faire — ils sont accessibles si on leur parle directement, au bon moment, avec le bon message.

Un profil qui ne postule pas n'est pas fermé à toute opportunité. Il est fermé à l'effort de postuler sur une annonce. Il est tout à fait ouvert à une conversation qui commence par : "Je travaille pour une PME qui cherche un profil comme le vôtre, voilà ce qu'ils font et ce qu'ils proposent — est-ce que ça vous parlerait d'en savoir plus ?"

Cette différence — entre une annonce que le candidat doit trouver, et un message personnalisé qui arrive à lui — change tout. C'est la différence entre le recrutement passif et la chasse directe.

Un exemple concret. Une ETI de la région cherchait un chef de projet industriel depuis 4 mois via une offre en ligne. Résultat : 47 candidatures, 3 entretiens, aucun recrutement. Nous avons repris le dossier en approche directe. En 3 semaines, nous avons identifié et contacté 22 profils ciblés dans un rayon de 80 km. 8 ont répondu positivement à l'échange. 3 ont passé un entretien. 1 a signé — en poste chez un concurrent, jamais en recherche active, profil parfaitement calibré.

Pourquoi la chasse directe fait peur aux PME

Les dirigeants de PME ont souvent l'image que la chasse de têtes, c'est pour les grands groupes. Que c'est long, cher, et réservé aux postes de direction.

C'est faux sur les trois points. La chasse directe est pertinente dès qu'un poste est en tension — c'est-à-dire dès qu'une annonce ne suffit pas. Elle est souvent plus rapide qu'un processus d'annonce qui s'étire sur des mois. Et son coût, rapporté au coût total d'un poste vacant (perte de production, surcharge de l'équipe, recrutement raté), est généralement très rentable.

Ce qui freine, c'est souvent le principe : "Je ne vais quand même pas débaucher quelqu'un qui travaille chez un concurrent." Ce frein est compréhensible humainement. Il est pourtant infondé : un candidat approché professionnellement reste entièrement libre de dire non, et la grande majorité des recrutements par approche directe se font sans aucune forme de pression ou de déstabilisation.

Ce que ça change dans la pratique

Passer d'une logique d'annonce à une logique de chasse directe, ça change trois choses fondamentales dans un recrutement.

Le périmètre de recherche s'élargit

Au lieu d'attendre que les candidats vous trouvent, vous définissez vous-même le vivier à explorer : secteurs, entreprises, zones géographiques, niveaux d'expérience. Vous ne subissez plus le marché — vous le prospectez.

La qualité des profils étudiés augmente

Vous n'analysez plus 40 CV dont 35 sont hors-cible. Vous étudiez 20 profils présélectionnés sur des critères objectifs. Le temps passé en entretien est réduit, la qualité des échanges est meilleure, et la décision est plus éclairée.

La relation avec le candidat est différente

Un candidat qui a été approché directement — et qui a dit oui à la conversation, puis à l'entretien — a un niveau d'engagement différent de quelqu'un qui a postulé à 30 offres le même soir. Il a fait un choix actif à chaque étape. Et ça, ça change aussi la suite : l'intégration, l'adhésion, le maintien en poste.

Nicolas Fregona

Recruteur indépendant en Loire-Atlantique depuis 2020, spécialisé industrie, BTP et commerce. La majorité de mes missions se font en approche directe — parce que les profils que mes clients recherchent ne postulent pas à des annonces.

Ma prestation chasse directe →